Ça commence un peu mou, un peu lâche. Je sens la fatigue monter, et prends mon mal en patience. Je somnole doucement puis me réveille sur un air gai. Je me dis tiens ça bouge, le film commence à exister. Parce qu’au début il n’a rien dans le ventre le film, il tremble et se délite de part en part. Donc le film commence à exister sur un mode légèrement burlesque. Bien sûr le retour au cinéma muet, ce qui finalement fait sens pour cette image aveugle. Alors là oui, à partir de ce moment, on se réveille. Tout s’emballe, on est dans le thème principal. Images, musiques et voix se bousculent joyeusement. C’est la grande débauche plastique et sonore, toujours sur fond d’images écorchées vives. L’idée derrière ça qui ne quitte pas un seul instant Fitoussi c’est de mettre l’image à poil - pas à nu, à poil, dans tout ce que ça comporte de cru et de brutal, mais pas comme dans Les jours où je n’existe pas, pas en silence ni en douceur, à la gaillarde, à la volée. Dans le château de hasard, il y a des silhouettes, des histoires et des images qui se dévoilent. Le château est une maison clause dans laquelle tous d’une manière ou d’une autre finissent par se déshabiller.
Si Fitoussi parle de cette camera-oeil qu’est le mobile c’est qu’il y a dans Nocturnes - ce film totalement improvisé - une ambition explicitement métaphysique. Pas parce que ça parle de mort mais parce qu’en cédant au montage quantitatif, Fitoussi gratte comme Vertov ou encore Gance une image qui est plus qu’une image, qui devient tous les possibles d’une image et rêve à la possibilité d’être (un) tout. Attention pas de tout dire, non. D’être un tout, de tenir, de percer, de saisir quelque chose qui dépasse le réel tel qu’il est perçu par fragment. Parce que la totalité c’est déjà plus que le temps, c’est le temps dépassé. Une sorte d’horizon infini du temps, un gouffre mais aussi une solution concrète à la question du sens. Fitoussi fout l’image à poil pour ça, pour avancer des propositions concrètes, ce que j’appellerais des épiphanies ou encore un sentiment tenant autant du sublime mathématique (l’infini kantien) et du sublime dynamique (le delight burkien aperçu par Fitoussi dans la surimpression de bombes sur un corps nu). Des propositions concrètes de formes qui excèdent le sens, et se tiennent à égale distance de l’art et de la philosophie.



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